Souffrance

Bienvenue à bord...

Une navigation en solid'air sur les flots de la folle sagesse ?

     Un défi supplémentaire ce matin, celui d'ajouter un récit qui aurait peut-être pu me faire échouer sur les récifs de la tristesse, de la solitude, du désarroi. Il s'en fut de peu, il s'en fut surtout d'une rencontre humaine, en la personne d'un grand Monsieur dont l'humilité et une immense bienveillance font de lui un homme extra-ordinaire capable, à force de patience et de minutie, d'accompagner un homme ordinaire à renaître de ses propres cendres. A un âge que l'on pourrait estimer de fin de vie, son immense jeunesse intellectuelle et sa fraicheur d'esprit m'ont sauvé la vie, sans aucun doute. Je fais référence à Monsieur Guy Avanzini, qui fut mon directeur de recherches lors de ma reprise d'études universitaires durant 4 années de septembre 2009 à janvier 2014. Ce que je nomme un sauveur de sauveteur. Un vrai.

Alors par où commencer ?

Revenons à la première décision de changement que je me suis imposé à l'âge de 20 ans. Celle d'un jeune homme perdu dans les études, dans des amphithéâtres regorgeant de jeunes comme lui qui ne trouvent pas leur place dans un monde universitaire à la sortie du lycée. Il a certes de bonnes excuses puisque sur ses bulletins de terminale C (baccalauréat scientifique de l'époque), ses professeurs ont sagement mentionné le fait qu'il s'agit d'un "littéraire perdu dans les matières scientifiques". Cruelle sentence pour celui qui fait ce qu'il peut pour survivre dans une classe qu'il n'a pas souhaité intégré, mais à qui on n'a pas laissé le choix, pour son plus grand bien. Afin que ses études lui permettent d'ouvrir le maximum de portes sur son avenir professionnel. Avec des parents enseignants, il faut se référer à ce constat sans appel. Manque de bol ce jeune homme se voyait plutôt brûler les planches sur les boulevards parisiens, monter sur scène, peut-être même pousser la chansonnette accompagné de sa guitare, faire rire et faire rêver. Mais les conseillers d'orientation ne savent toujours pas conseiller ce type d'orientation tellement aléatoire, tellement risquée. Mieux vaut apprendre à rentrer dans le rang et suivre sagement les programmes scolaires le plus longtemps possible afin de ... réussir.

A propos de réussite, lorsque les coefficients des matières scientifiques valent 5 fois plus que les autres disciplines, il faut ramer en permanence pour sortir la tête de l'eau. Le voyage d'Ulysse a sans doute commencé pour moi à l'aube de ma majorité. Bachelier lors d'une deuxième tentative, je fais un premier choix, celui de ne remplir aucun dossier pour une grande école. La mienne sera l'école de la vie au travers d'un engagement de 5 années dans le corps prestigieux des sapeurs-pompiers de Paris. Cela me vaut certaines moqueries de mes camarades de classe et de professeurs qui me disent que je n'ai aucune ambition.

Ma réponse fuse "Mon ambition est de sauver des vies ... Si vous avez mieux que ça je suis preneur."

A défaut d'allumer les planches, je vais entamer le difficile apprentissage d'aller les éteindre sur ces mêmes boulevards parisiens, dans les quartiers les plus prestigieux et même sur les scènes des plus grands théâtres, dans les coulisses bien sûr, à veiller sur les acteurs et le public, discrètement présent dans la pénombre des décors, dans ma tenue de sapeur-pompier. Je vais exercer passionnément et sans relâche durant vingt années. De jour comme de nuit, et très tôt me lancer dans la formation, en plus de mon lot d'interventions.

La bascule s'est faite dans ma tête à l'âge de 40 ans, au chevet de mon propre père que j'ai accompagné dans son dernier souffle à l'issue d'une maladie que vous connaissez bien car nous avons tous dans notre entourage des personnes qui en souffrent. Tumeur au foie. Les mots ont réellement commencé à se jouer de moi dans ces instants de détresse et de solitude, mais de nouvelles images me sont apparues. Celle d'un père qui quitte son corps à l'issue de son dernier souffle. Des images qui instantanément remettent en question toute la conception et les croyances qu'un homme peut avoir de la vie terrestre. Et encore plus pour quelqu'un qui a déjà affronté la mort de nombreuses fois dans le cadre de sa profession.

A cette époque, j'attends la sortie imminente de mon premier livre, "Retours d'interventions", écrit en partie pour expliquer à mes parents et mes proches ce qui fait qu'un étudiant s'engage chez les pompiers à l'âge de 20 ans et que deux décennies plus tard, il remercie ses parents d'avoir compris et encouragé ce choix. Mais ce livre, je l'ai également écrit pour un autre papa qui ne rentrera pas chez lui. Mon meilleur ami. Mort en plongée le jour de la fête des pères, avec un petit bout de 18 mois qui attend qu'il remonte à la surface ,sur un ponton d'un grand lac savoyard, en présence de sa maman désoeuvrée et anéantie. C'est ainsi que ma plume s'est réveillée et peu à peu révélée, dans une immense douleur.

Tôt le matin je n'avais pas le choix, je me levais et j'écrivais. Ne sachant même pas ce que je coucherais sur le papier. J'étais sorti de mon lit par une force qui me dépassait et m'invitait à poser les mots, et déposer les maux...ou l'inverse. Le cerveau ne fait aucune différence à ce sujet. Il s'autoguérit. Je l'ignorais à l'époque, mais je l'ai compris durant cette reprise d'études dans les pratiques sociales et les sciences humaines, dans le cadre de ma recherche-action. Vous l'avez compris, les études qui m'avaient perdu à l'âge de 20 ans m'ont permis de me découvrir et me retrouver, et surtout sauvé d'un burn-out qui couvait à mon insu.

Ce récit pourrait sembler très triste à celui qui le lit mais rassurez-vous, il ne l'est plus pour celui qui le rédige.

J'étais tout simplement passionné par mon métier, d'autant plus que je m'impliquais pleinement dans la formation de mes pairs depuis 15 années sans compter. Et c'est mon premier livre que Guy Avanzini a découvert un jour de "hasard" qui est venu me sortir de là. Peu à peu les choses se sont éclaircies, et j'ai commencé à renaître de mes cendres en milieu de quarantaine, les quarantièmes rugissant au chevet de mon père et du fait du départ de mon ami. Il m'a donc fallu découvrir et accepter les différentes étapes du deuil, me faire accompagner ; moi le sauveur de vies, afin d'oser admettre que la mienne passait avant celle des autres. Pas facile à comprendre lorsque votre métier accepte sans sourciller l'idée de son propre sacrifice pour aider et extraire l'autre des plus grands dangers.

Sans sourciller ? On en reparle quand vous voulez.

Vois-tu mon cher lecteur, voyez-vous chères sirènes qui accompagnaient cette croisière avec enthousiasme, je tiens à vous remercier personnellement et du fond du cœur de me permettre cette petite livraison matinale, car depuis une dizaine d'années maintenant c'est le moment le plus propice à mes écrits. Et je vous l'assure, les cris se sont transformés, via l'écrit. Pour mon plus grand bonheur. La souffrance a fait place nette au plaisir d'écrire, de lire, de chanter, de jouer la comédie (je joue actuellement ma première pièce de théâtre écrite par un ami ex-policier. Le titre ? "Bonjour Papa". Décidément il y en a quelque part qui ont beaucoup d'humour n'est-ce pas ?), et depuis janvier j'apprends le piano. Peut-être que celui ou celle qui a eu le courage de lire ce récit, ce court extrait d'une vie déjà bien remplie se demande ce qui me fait tenir dans tout ça ?

La réponse est limpide. L'amour. Trois petites flammes, trois grandes femmes, celles de mon foyer, mon épouse et mes deux filles.

Et puis aussi bien sûr, une révélation à l'âge de 40 ans sur ce que l'on nomme la surdouance, la zébritude. Un petit quelque chose de différent de la norme qui permet à la pensée d'être arborescente et établir des liens dans toutes les directions...en permanence. Une bombe qui couvait a explosé dans ma tête le jour où j'ai compris.

Ouf, vive la méditation de pleine conscience, et le yoga.

Je pourrais encore développer longtemps, vous parler d'Angeline, une petite fille de 9 mois que je n'ai pu ramener à la vie lors d'un incendie et qui m'a valu mon premier "transfert", ou de Zoé, une petite fille que j'accompagne vers des frais thérapeutiques avec la vente de mon quatrième ouvrage, mais je préfère vous rendre à vos journées respectives.

Tout cela pour vous dire que dans les tempêtes de la vie, les fumées qui s'épaississent et pourraient nous égarer proviennent de la même petite flamme intérieure qui nous anime et nous éclaire sur le chemin que l'on emprunte. Tout se joue en fonction de l'environnement du feu.

De ce constat, me vient cette envie réfléchie et assumée de prendre un nouveau virage professionnel et personnel en 2018, celui du Fire-Coaching, où désormais vous le savez, les mots s'écoulent dans mes livres sur fond d'amour et de sagesse, à la place de l'eau dans les tuyaux du pompier, et ceci afin de participer à calmer les nouveaux feux d'une société en quête de repères et en détresse.

Une quête alchimique en quelque sorte. Pourquoi 2018 ? Parce que j'aurai trente ans de bottes et cinquante balais, et que pour fêter ça j'envisage une année sabbatique, à vélo, un petit tour de France entre conférences, dédicaces et coaching. On en reparlera bien sûr, car je cherche des partenaires et des coorganisateurs pour ce que je nomme mon défi cyclutopique.

Belle journée à tous.